De l’opposition du roi et du prophète (Abbé Arthur LUBWIKA)

Depuis l’enclenchement du processus de désignation de celui qui devra présider à la destinée de Commission Electorale Nationale Indépendante, «C.E.N.I.», spécialement en ce qui concerne les délégués des confessions religieuses, le duel traditionnel entre le roi et le prophète revient à la surface et défraye la chronique ces derniers temps en République Démocratique du Congo.

Qui a tort et qui a raison?

Loin de nous enliser dans le terrain marécageux du “qui a tort et qui a raison?”, en tant que penseur chrétien averti, nous tentons une simple réflexion sur l’identité du prophète dans son opposition au roi et sur les conséquences de son choix. Dans une autre réflexion, nous aborderons pareillement la question de l’identité du roi dans son combat contre le prophète.

Pour justifier actuellement l’engagement politique du prophète, d’aucuns évoquent non sans raison des paradigmes bibliques en référant notamment aux personnages charismatiques de Moïse, Elie, Nathan, Jean-Baptiste, Jésus, etc., qui ont pu, chacun dans des circonstances propres, faire face au personnage du roi. Ainsi, Moïse et Aaron confrontèrent de manière personnelle le Pharaon (Exode7,1-7); le prophète Elie, le roi Achab (1 Rois21,17-22); le prophète Nathan, le roi David (2 Samuel12,1-15); Jean-Baptiste, Hérode Antipas (Marc6,17-29); Jésus, Pilate (Jean18,33-38), etc.

Cependant, le personnage charismatique du monde biblique se caractérise par la référence absolue à Dieu dont il est un authentique porte-parole: “C’est ainsi que les prophètes d’Israël croient et vivent de Dieu, au point que c’est sa bouche qui prend figure dans leurs mots, et qu’ils ne sont que les véhicules de la force qui les définit. N’m jhwh, ‘ainsi parle le Seigneur’, ou kh’ mr jhwh ‘lj, ‘le Seigneur m’a parlé ainsi’: c’est fort de cette légitimation qu’ils se présentent à leurs auditeurs comme fondé du pouvoir du divin.” (Eugen Drawermann). Par ce processus d’identification à la “bouche de Dieu” dont ils énoncent les oracles, les prophètes d’Israël ne peuvent jamais rien faire d’autre que renvoyer à Dieu: «Je n’étais pas prophète, je n’étais pas fils de prophète, j’étais bouvier, je traitais les sycomores; mais le Seigneur m’a pris de derrière le bétail et le Seigneur m’a dit: Va! Prophétise à Israël mon peuple …» (Amos 7,1415).

Bien plus, en regard même de leur personne, les prophètes se caractérisent par l’intégrité, la sincérité et la probité de leur vie. En menant le combat au nom de Dieu contre les rois, les prophètes font preuve d’une conscience de soi si inflexible que même les rois ne peuvent leur tenir tête, du simple fait que ces derniers ne trouvent rien à reprocher dans la conduite morale ou ministérielle des premiers.

Aujourd’hui, par contre, il en va tout autrement pour le personnage dit charismatique qui continue à défier le roi, dans le cadre de son agir prophétique, mais qui, malheureusement, a beaucoup de choses qu’il oublie de se reprocher d’abord soi-même dans sa conduite morale ou ministérielle, avant que le roi contre lequel il s’acharne ne les lui rétorque. Bon nombre d’indices donnent à croire que certains prophètes de notre temps ont cessé de se référer absolument à Dieu et qu’ils profèrent par moment leurs propres paroles ou humeurs au nom de Dieu ou au nom du peuple. Cette faiblesse avérée du prophète qui néglige l’introspection et la conscience de soi inflexible, mais qui s’élance éperdument, voire sentimentalement, dans la critique du roi, donne paradoxalement la force d’âme à ce dernier pour contre-attaquer au lieu de fléchir devant la puissance présumée du lieutenant de Dieu. En conséquence, nous assistons à des débats stériles entre les acteurs politiques et religieux, à la

victimisation des uns et/par des autres, à la guerre des religions, au trafic d’influences, à la mise en feu des relations entre l’Etat et les églises, à des sacrilèges, etc.

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