Entre le martyre et l’opulence : Quel est le choix de la gouverneure de la BCC ?

La fonction de gouverneur de la Banque centrale est une lourde croix qui impose un choix à celui qui l’accepte dans les conditions actuelles de l’économie congolaise. Soit que le gouverneur choisit de la jeter par terre pour la tailler en morceaux et faire fortune en vendant chaque morceau du bois qui la compose ; soit qu’il choisit de la porter jusqu’au sommet de la montagne en supportant le calvaire des sacrifices personnels et le risque d’y rester suspendu pour une gloire éternelle mais à titre posthume. La plupart des prédécesseurs de Mme Kabedi Malangu avaient fait le choix de l’opulence en démontant chaque bois de l’édifice Banque centrale qui n’est plus, aujourd’hui, qu’un nom, sinon, une prison volontaire pour ceux qu’effraie le combat pour la vie et choisissent d’attendre, dans ce couloir, la gratuité de leurs funérailles personnelles.  Mais si, à l’opposé de ses prédécesseurs, Marie France Kabedi opte pour le martyre d’une patriote au cœur maternel envers son pays, voici, pour elle, un peu de mes conseils :

  1. Dépasser ses propres limites, en l’occurrence, sa formation d’économètre et sa profession de catéchiste.

L’économétrie, en effet, la condamne à l’obsession des équilibres statiques (voire abstraite) au détriment de la dynamique qualitative. C’est le propre des méthodes quantitatives qui reposent sur l’ésotérisme mathématique tendant à considérer le monde comme une entité universellement identique pour un traitement similaire.

Le catéchisme de Washington qui coule dans les veines de tout produit du FMI peut la condamner à sacrifier les besoins de l’expansion du marché intérieur au profit de l’équilibre du marché mondial. C’est le fondement majeur de l’aversion du FMI à l’égard de l’inflation qu’il charge de tous les péchés d’Israël. Pour ces adeptes, il vaut mieux de laisser l’économie mourir d’anémie que de céder à ses boulimies au détriment des autres. Si le FMI imposait cette culture d’abstinence et de sobriété à toutes les économies indisciplinées du monde, je serais tenté de m’étendre sur ce conseil. Mais, hélas ! Regardez les déficits et endettements des USA, de la France, … Regardez leurs masses monétaires et les volumes de leurs crédits aux entreprises et aux ménages. Regardez les taux de croissance de leurs PIB et, surtout, la composition de ces mêmes PIB dont ils se tardent pour se placer aux sommets de la civilisation. Regardez et Imitez.

  1. Repenser les paradigmes de la Banque centrale.

La tâche comprend la redéfinition des objectifs de la politique monétaire et la revisitation des missions et des structures de la banque en fonction de nos spécificités.

Dans un pays dont le potentiel économique est scandaleusement inexploité au détriment de la croissance et du développement endogènes, privilégier la stabilité des prix, en tournant le dos au plein emploi des facteurs, est une trahison des intérêts nationaux en faveur du statu quo au service des intérêts étrangers.

Il faut renverser cet ordre et même, s’il le faut, se servir de l’inflation et des déficits budgétaires plutôt comme une arme de la revanche de l’économie nationale sur les spoliations de la mondialisation, tant qu’ils en ont peur.

Dans la perspective de la lutte acharnée contre le chômage et les équilibrés de sous-emploi, la politique monétaire de la banque centrale doit adapter ses 4 axes aux impératifs suivants:

à) la politique d’émission doit s’affranchir de ses principes d’adaptation de la dénomination faciale à l’évolution de l’inflation et du taux de change ou de l’adaptation des quantités des billets de banque aux besoins de paiement, notamment, des salaires et de fonctionnement des institutions. Mieux, la BCC doit viser la reconquête des parts de marché de la monnaie nationale actuellement confisquées par la dollarisation de l’économie ou simplement abandonnées au profit du troc ou des externalités économiques.

La dynamique de cette politique d’émission monétaire comprend la redéfinition d’un éventail fiduciaire à la fois complet et séculaire du franc congolais avec ses multiples et ses sous-multiples opérationnels. Elle doit comprendre également le besoin de monétariser l’ensemble du territoire national en fustigeant la concentration actuelle de plus de 90% des signes monétaires sur moins de 10% du territoire national.

Le contrôle de la masse monétaire à travers la politique d’émission doit s’effectuer en fonction exclusive du respect des propriétés de toute monnaie que sont: la liquidité, la convertibilité et la stabilité indispensables à la réalisation de ses 3 fonctions classiques : l’unité des comptes (étalon des valeurs), l’intermédiaire des échanges et la réserve du pouvoir d’achat (et du pouvoir de choix).

  1. b) La politique de crédit de la Banque centrale doit sortir de son addiction à la positivité du taux d’intérêt qui la met à la traîne des spéculations inflatoires. On l’appelle « taux directeur » et non « taux adaptatif ». Il faut une politique de crédit qui vise la destruction des ressorts de l’économie informelle pour la conversion de ce secteur porteur de notre identité nationale en vecteur de la mise en valeur de nos ressources naturelles. La politique de crédit doit comprendre l’impératif de restaurer la confiance entre les agents économiques dans le cadre de l’intermédiation bancaire. Mais aussi susciter la confiance entre ses agents (en excédent et en besoin de trésorerie) et les institutions bancaires en vue de booster le taux de bancarisation de notre économie en le relevant de son niveau de 3% actuel (c’est la vérité) vers l’objectif progressif de 100%.

L’existence, la résilience et la compétitivité de l’économie congolaise dans la tempête de la mondialisation et de la globalisation financière imposent la nécessité préalable d’une identité monétaire que seule la politique de crédit de la banque centrale a le pouvoir de conférer à chaque produit de notre sol et de notre sous-sol, peu importe la nationalité de son exploitant. Pourvu que l’articulation de cette politique et le comportement propre de la banque des banques attirent l’adhésion et la foi des autres agents concernés.

La dynamique de la politique de crédit comprend la création et l’effervescence des PME congolaises, dans tous les secteurs d’activités, ainsi que l’expansion de la consommation des masses pour faire de la demande interne le moteur de la production et de la croissance économique. Sur ce dernier point, sauf s’il se veut hypocrite ou iconoclaste, je compte sur les quelques gènes keynésiens du FMI.

  1. c) La politique de change de la Banque centrale doit sortir le Congo de sa stature « d’enjeu » de l’économie mondiale pour devenir « l’agent » majeur et conscient de la mondialisation. Nous sommes, en effet, la condition sine qua non de l’existence et du fonctionnement du marché mondial.

Notre politique de change doit, par conséquent, réduire notre vulnérabilité aux chocs externes, peu importe qu’ils proviennent des modifications des conditions de l’offre ou de la demande.

Il s’agit également d’arrêter ce rôle à nous imposer de plaque innocente du blanchiment des capitaux pour devenir le parc d’attraction de ceux-ci et, partant, le poumon du marché financier international. Cela suppose que les produits congolais transigés sur le marché mondial ne soient qu’une incarnation du franc congolais dont la détention par les agents du marché mondial confère à la fois le pouvoir d’achat et le pouvoir de choix sur n’importe quelle portion de ce marché globalisé.

A cet égard, la BCC doit cesser de jouer à l’agence d’informations financières chargée de publier l’évolution d’un taux de change d’une monnaie inconvertible pour organiser, désormais, le marché sur lequel se forment les taux de change suivant les mécanismes crédibles et lisibles.

  1. d) le contrôle des intermédiaires financiers et, en particulier, des banques doit cesser d’être une routine policière pour se transformer en audit de l’activité financière orienté vers les intérêts cruciaux de ce pays. Non seulement l’activité bancaire est actuellement confisquée aux nationaux pour accompagner l’invasion et l’expansion des intérêts étrangers, sous la barbe somnolente de la BCC, mais qui pis est, ces institutions étrangères bloquent, par milliers d’artifices, la culture financière et l’émergence d’une économie nationale. Il faut y mettre fin et mettre fin également à des tares telles que : la concentration des banques sur moins de 10% du territoire national, la pratique camouflée de l’usure, la surenchère des produits bancaires, l’étroitesse de leurs marchés, … Il faut orienter le contrôle de la banque centrale en faveur de l’ouverture de la concurrence, notamment, par l’incitation des capitaux nationaux dans l’activité financière.
  2. Revisiter les missions et les structures de la Banque centrale.

L’indépendance de la Banque centrale ne s’accommode pas avec certaines missions qui la rattachent au Trésor public. L’indépendance suppose la maturité de l’Institution qui doit préalablement être sevrée des mamelles de l’Etat. A cet égard, je suggère que les fonctions de caissier et de trésorier de l’Etat ne soient plus partie prenante des missions de la banque centrale qui devrait parallèlement assumer la responsabilité totale de la gestion de ses propres finances. Par contre, je suggère de renforcer la fonction de banquier de l’Etat pour revaloriser le crédit à l’Etat parmi les 3 contreparties de la création ou de l’émission monétaire. L’autre fonction dont doit se décharger la banque centrale c’est cette encombrante activité d’imprimerie qu’assume l’hôtel des monnaies tant pour les billets de banque que pour les autres imprimés de valeur. Il faut séparer la banque centrale de l’hôtel des monnaies qui n’a pas de fondement rationnel pour figurer parmi les structures nécessaires d’une banque centrale.

A l’opposé, la restructuration de la Banque centrale nécessite la création, c’en son sein, de certains organes pour appuyer la déclinaison des axes précités de la politique monétaire et ainsi placer la banque centrale au cœur de la construction, de l’organisation et du fonctionnement de l’économie nationale. Cette restructuration doit stimuler la création ou l’organisation effective des 4 marchés structurants de toute économie moderne que sont : (1) le marché monétaire sur lequel la banque agit par le contrôle efficace du taux d’intérêt, (2) le marché du travail sur lequel la banque centrale agit en contrôlant le taux de chômage, (3) le marché des biens et services sur lequel la banque centrale intervient en contrôlant le comportement du taux d’inflation et (4) le marché des changes sur lequel la banque centrale intervient en contrôlant le comportement du taux de change. Toutes ces variables ou prix (taux d’intérêt, taux de chômage, taux d’inflation et taux de change) devront faire partie de la politique monétaire de la nouvelle banque centrale dont la présence et l’autorité devraient réveiller nos sens.

En boostant, par sa politique, la dynamique de ces prix dans une logique de construction successive de l’équilibre global, la banque centrale devra servir de pierre angulaire de l’édification de l’économie nationale dont l’indépendance effective doit passer par l’étape incontournable, dans cette dynamique, de l’émergence du marché financier national comprenant aussi bien le marché des actions que celui des titres de dette et les marchés dérivés.

Cela dit sans être exhaustif, je souhaite un fructueux mandat à la nouvelle équipe dirigeante de la Banque Centrale du Congo. Que le Congo gagne de votre expertise et de votre nationalisme. C’est faisable et à votre portée.

Michel Nsomue

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