La Rdc doit-elle déclarer la guerre au Rwanda ?

Nos fins limiers ont eu un entretien à bâton rompu avec l’ambassadeur André-Alain Atundu, un ancien patron de renseignements et ambassadeur de la Rdc au Rwanda. Le focus était fait sur l’actualité du moment, dominée par l’agression de la Rdc par le Rwanda. Plusieurs questions lui ont été posées, notamment, que faire pour imposer la paix en Rdc ? Que faire devant l’infiltration étrangère? Quid des obligations de l’autre partie ? Peut-on autoriser aux Congolais de porter les armes ? Faudra-t-il privilégier l’option militaire ? Faut-il rompre nos relations ou déclarer la guerre ? Quid des relations dans l’avenir. Mais bien avant, il a recouru à la constitution pour dire que le président de la République déclare la guerre sur décision du Conseil des ministres après avis du Conseil supérieur de la défense et autorisation de deux Chambres. Il en informe la Nation par un message.

Que faire pour imposer la paix en Rdc devant un voisin qui n’est pas sincère?

A en croire André-Alain Atundu, la Rdc vit des moments critiques de son existence.  « Il conviendrait que tous les enfants de ce pays travaillent ensemble dans une synergie dans l’objectif de mettre hors d’état de nuire les forces assaillantes. Pour cela, il faut faire montre d’une grande discipline dans la manipulation des informations. Il faudrait que la confidentialité règne, car tout ne doit pas être connu du public. Il faudrait que le cloisonnement gouverne notre attitude, parce que tout ne pas être connu par tout le monde. Tous ces éléments, c’est pour assurer l’efficacité de la défense de notre souveraineté. Nous avons des cadres pour critiquer notre méthode d’approche, nos attitudes, mais il faut éviter de donner à l’ennemi de penser ou l’occasion de pénétrer notre pensée tactique profonde et nos intérêts stratégiques à partir des propos que nous ne maitrisons pas », dit-il.

Pour imposer la paix, poursuit-il, il faudrait que les instruments juridiques, diplomatiques fonctionnent en plein régime, c’est-à-dire, nous sommes ici et il y a un groupe intérieur et l’autre venu de l’extérieur qui est venu troubler la paix. Et devant cette situation, le président de la République a pris la décision de décréter l’état d’urgence. Aujourd’hui, nous sommes en phase de l’état d’urgence, c’est-à-dire que les militaires qui gouvernent les régions concernées ont plus d’objectifs militaires qu’administratifs ou économiques. A partir du moment où les militaires seront en mesure d’inquiéter durablement et de façon constante les forces, soit de l’intérieur en les neutralisant, soit de l’extérieur, en les empêchant de venir, à ce moment-là, la paix sera comme une nécessité ou une déduction logique.

Il faudrait que pour imposer la paix, que notre armée puisse atteindre tous ses objectifs, que notre leadership politique puisse atteindre tous ses objectifs politiques. Et ce, parce que dans cette turbulence qui dure plus de 20 ans avec des pointes de haute intensité, les agresseurs sont mélangés à nos populations, ils se présentent aussi comme la population, parce qu’il y a eu des phénomènes sociaux : mariages, relations, …Il faudrait que notre Etat-major pénètre d’abord la pensée stratégique du chef de l’Etat. Quand il dit état d’urgence, qu’est-ce que cela veut dire.

« Je sais qu’ils le savent, parce que ça fait plusieurs mois qu’ils y travaillent. De cette façon-là, la paix peut s’imposer. La paix peut s’imposer lorsque les forces terroristes de l’intérieur n’auront pas des lieux où s’échapper, lorsque les forces terroristes de l’extérieur n’auront pas d’arrière base. A ce moment-là, la paix va s’imposer. L’autre question, c’est la conscience régionale des Etats qui composent la région des Grands Lacs. Or, nous sommes dans la SADC, Communauté des Etats de l’Afrique de l’Est, il faudrait que tous ces éléments puissent encadrer notre comportement pour éviter qu’il y ait une déflagration incontrôlée. Respecter tous nos engagements nationaux et internationaux ainsi la paix à l’intérieur et à l’extérieur va s’imposer.

Que faire devant l’infiltration ?

D’abord, il est impossible de vivre dans l’autarcie complète. A partir du moment où vous avez des relations diplomatiques, vous acceptez qu’il y ait la présence d’un ambassadeur, les yeux et les oreilles de l’autre camp. Mais il y a les secteurs, des moments où l’intérêt existentiel est concerné, n’en parler pas. C’est le cas de secrets défense, secret des opérations, … Voilà pourquoi les militaires sont assez susceptible lorsque les secrets des opérations sont révélés, parce que cette révélation met en jeu la vie de ceux qui sont chargés de nous défendre, met en jeu les structures de l’Etat. Mais dans la vie, si tous savaient ce que tout le monde pensait, … Si tout le monde doit savoir tous les rouages de l’Etat, l’Etat serait en danger.

Si les militaires étrangers sont dans l’armée, il faut le prouver. Le fait d’avoir les militaires étrangers dans son armée, ce n’est pas une situation exceptionnelle. Depuis les temps immémoriaux, les mercenaires blancs étaient là. Toujours est-il qu’il y a des éléments douteux qui entrent dans l’armée pour un objectif quelconque : pour se venger, avoir de l’argent, renverser le pouvoir. Voilà pourquoi, pour des postes importants comme le commandement de l’armée, des sections de l’armée, le gouvernement de la République, les ministres, il faut un devoir de loyauté, parce que face à eux pour les protéger, nous n’avons que la conscience. Qui garderait le gardien ? Il faut former dans notre armée des patriotes qui sont conscients de leur responsabilité individuelle et collective dans le fonctionnement normal du pays.

Quid des obligations de l’autre partie, le Rwanda ?

Pour l’ambassadeur Atundu, l’interdiction des relations diplomatiques entre deux Etats suppose des obligations synallagmatiques, c’est-à-dire réciproques. La sécurité à notre frontière, ne dépend pas que de nous. Leur sécurité dépend aussi de nous. C’est ainsi que le président Mobutu avait tout fait pour que les relations avec le Rwanda soient les plus fiables. Parce que tout nous venait vers Kigali et tout sortait par le Rwanda. Les réalités historiques sont une chose. S’il y a des éléments structurels dans la vie d’une nation, c’est son histoire, sa géographie, son ambition.

La sincérité dont on sollicite du Rwanda, est une notion relative. En relations internationales, mieux vaut parler de loyauté, c’est-à-dire le respect des engagements qu’on a pris.

Il y a des mesures, d’où l’importance du service des renseignements qui doit évaluer la nature et la qualité de nos relations avec les voisins. Sont-elles toujours loyaux ? Et nous, sommes-nous toujours respectueux de nos engagements ? Au Rwanda, qui sont les acteurs nocifs, ou des éléments sur qui compter ? Je suppose qu’eux font de même chez nous. Il y a des règles de conduite au niveau international qui admettent une certaine transparence. C’est ainsi que nous acceptons qu’il y ait des diplomates, que dans une ambassade qu’il y ait plusieurs services (militaire, renseignements, …). Tout le monde le tolère parce que cela concourt au bienfait des relations internationale normale.

Peut-on autoriser aux Congolais de porter les armes ?

  1. Atundu pense que cela exprime au moins la conscience nationale de chaque congolais sur la nécessité de défendre son pays et de donner sa vie. Seulement, il faut éviter de faire le galvache, affronter le danger sans préparation. « Vous avez vu en Ukraine, beaucoup de civils meurent. Il y a en qui sont victimes des bombardements. Il y a en à qui on a donné les armes, mais qui ne sont pas assez outillés comme les militaires en face », dit-il, avant d’ajouter qu’ici chez nous, que l’on puisse lever une mobilisation, dans le but de mettre les Congolais qui veulent combattre dans le circuit de la formation des militaires. Il faut éviter de prendre de telles décisions à partir des récriminations de la rue.

Faudra-t-il privilégier l’option militaire ?

Ici, Atundu a cité le président Museveni qui a une stratégie de Tank et fire. C’est-à-dire, il faut savoir se battre pour que les propos aillent un poids. Vous ne pouvez pas aller au dialogue dépourvu des moyens de défendre. On n’entendra pas vos points de vue. Nous devons nous préparer par rapport aux dangers internes et aux risques de dangers externes. Et c’est alors qu’après les affrontements, on pourra engager un dialogue utile et mûr en vue d’une solution pérenne.

Faudra-t-il rompre nos relations ou déclarer la guerre ?

La première des choses, c’est à nos services de renseignements de nous dire pourquoi et comment le M23 défait renait de ses cendres ? Pourquoi le M23 déclaré un mouvement terroriste est soutenu par l’un de nos voisins ? C’est encore aux services de renseignements d’identifier les objectifs. Dans un proche avenir, la Rdc va recevoir deux importantes personnalités : le couple royal belge, et le Pape François.

Le Congo a intérêt à sauvegarder la paix intérieure et la paix avec ses voisins. Dans cette logique-là, à voir la démarche de Tshisekedi, on ne peut pas raisonnablement penser que le Congo a provoqué un voisin. Parce que le Congo a besoin de la paix pour recevoir ses hôtes de marque dans un climat serein, afin qu’ils aillent revendre son image. Il ne faut donc pas chercher à qui profite le crime. Il n’y a aucun élément qui pourrait penser que le Congo a attaqué. L’état d’urgence concerne l’intérieur du Congo, il ne concerne pas l’extérieur. Lorsque vous avez identifié les sources potentielles, il faut cesser de se plaindre, il faut agir pour étouffer ces tentatives de sabotage. On peut agir sur plusieurs niveaux : militaire, diplomatique, culturel.

Les relations dans l’avenir

L’ambassadeur André-Alain Atundu a rappelé que les Etats-Unis d’Amérique et les Etats occidentaux sont impliqués au côté de l’Ukraine contre Moscou. Les diplomates sont chassés de part et d’autre, mais les ambassades ne sont pas fermées, les relations diplomatiques ne sont pas rompues. Pourquoi ? Parce que la communication entant que dialogue est une situation limite, qui aboutie à s’imposer à tout le monde. Et comme vous le savez en diplomatie, celui qui commence, c’est celui qui doit réparer. Rompre les relations diplomatiques est un acte important qu’il faut penser par rapport aux efforts que nous faisons, notre capacité de nous défendre. Si eux trouvent que notre situation devient intenable, ils peuvent chasser notre ambassadeur et rappeler le nôtre.

A l’en croire, le président Kaibanda qui était Hutu, ne pouvait supporter qu’il y ait des Tutsi à la frontière de la Rdc chassés par la révolution de 1958. Et voilà pourquoi, pour nous punir d’avoir accueilli les Tutsi au nom du panafricanisme, il a laissé entrer chez nous toutes les actions subversives. Il a laissé nous échapper par le Rwanda tous les criminels. Et à son arrivée, le président Mobutu a parlé avec Habyarimana et entre militaires, ils ont établis les termes de bonne conduite, de façon que le président a pris l’engagement d’éloigner les Tutsi de la frontière, leur a donné la nationalité pour que nous puissions avoir la paix. En contrepartie, le président Habyarimana a pris l’engagement de ne pas encourager des actions subversives au départ du Rwanda. « Et je peux même oser affirmer qu’il en est mort. Il est mort pour avoir respecté cet engagement », dit-il, avant de révéler que quand il était au Rwanda, nos relations étaient au bon fixe. Le Rwanda comptait sur le Congo pour équilibre ses rapports avec le Burundi. Il comptait sur le Congo en tenant à l’écart les velléités de retour des Tutsi.

Propos recueillis par Jean-Marie Nkambua

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