Les communes de N’djili, Kisenso, Matete et Lemba produisent 1000 tonnes de déchets solides par jour

A l’Hôtel Pullman, ex-Grand Hôtel de Kinshasa, Baudouin Manzenza Sassa, Chargé de Communication où Projet de Développement Multisectoriel et de Résilience Urbaine de Kinshasa (PDMRUK), a participé dernièrement, en qualité de modérateur, à l’Atelier de Présentation et de Validation de l’Etude de faisabilité technique du projet de modernisation et de gestion des déchets solides des Communes de N’djili, Kisenso, Matete et Lemba. L’atelier s’inscrivait dans le cadre du PDMRUK, un projet du Gouvernement de la République Démocratique du Congo préparé et mis en œuvre avec l’appui de la Banque mondiale.

L’Atelier de Pullman fait suite à un premier atelier qui s’était tenu au mois de septembre 2021 et qui portait sur le diagnostic de la gestion des déchets solides dans la Ville de Kinshasa. La Gestion des déchets solides est en effet un de quatre volets du PDMRUK au titre de la Composante Infrastructures et services résilients au niveau de la Ville de Kinshasa. Les trois autres étant l’approvisionnement résilient en eau, l’assainissement liquide et la résilience des infrastructures et services énergétiques.

Au regard du diagnostic posé par le Consultant qui a mené l’étude, les 4 Communes ciblées par le projet génèrent quotidiennement 1000 tonnes de déchets solides sous forme essentiellement d’ordures ménagères, de sachets et bouteilles en plastique, de déchets provenant des marchés et de l’activité économique en général, de déchets issus des ateliers informels et de l’industrie manufacturière et d’autres sources (églises, écoles, parkings et arrêts de bus, terrains de jeux…). Ces déchets représentent un huitième de la quantité totale produite à l’échelle de l’ensemble de la Ville de Kinshasa. De ce volume global de déchets, moins de 5% sont enlevés. C’est le fait des efforts conjugués des pousse-pousseurs individuels, des ASBLs et ONGs, de quelques structures privées et du RASKIN (Réseau d’Assainissement de Kinshasa), un Service relevant de l’Hôtel de Ville de Kinshasa, qui a pris la relève de l’assainissement après la clôture en 2015 du projet Projet d’Appui à la Réhabilitation des routes en RDC et à l’Assainissement Urbain de la Ville de Kinshasa (PARAU), financé par l’Union européenne. Malgré ces efforts, les immondices enlevées ne sont pas actuellement acheminées et traitées au Centre d’Enfouissement Technique de Mpasa. Suite à l’affaissement du pont Mfusu, les quelques camions du RASKIN encore en service ne peuvent accéder au Centre d’enfouissement, en attendant la réhabilitation par PDMRUK du pont et de la route, très dégradée par des érosions. Il s’ensuit que les déchets enlevés sont déversés dans des cours d’eau, sur des sites d’érosion, dans des décharges « sauvages » à travers la Ville ou le long des routes à la périphérie de la Ville.

Les conséquences sont nombreuses. Au-delà des problèmes de santé publique, car les nappes et les cours d’eau sont souillées, entraînant la propagation des maladies hydriques comme le choléra, le paludisme et la fièvre typhoïde, l’accumulation des déchets dans des rivières, caniveaux et égouts ne facilite pas le drainage des eaux qui, suite à des inondations répétées, entament à la longue la structure des routes et défigurent piteusement des quartiers entiers de la Ville de Kinshasa.

Dans son rapport, le Consultant a proposé, jusqu’à l’horizon 2035, un schéma opérationnel de gestion des déchets solides (production-collecte primaire-collecte secondaire-traitement) avec des équipements et des infrastructures dédiés ainsi que des capacités des infrastructures conséquentes. Le schéma était ressorti d’un modèle d’affaires susceptible d’intéresser et d’attirer les investisseurs privés dans le secteur. Le modèle propose une approche contractuelle et un financement du système. Il sera enrichi par l’étude qui vient de démarrer et qui porte sur le financement durable de l’assainissement à Kinshasa.

« Les ordures valent de l’or », a-t-on entendu souvent au cours de l’Atelier. Mais il faut rassurer les investisseurs que leurs mises rapporteront, en leur apportant des garanties. Qui apportera ces garanties ? Est-ce la Ville de Kinshasa ou le Gouvernement central ? C’est aussi une préoccupation qui a été soulevée au cours des échanges. Aussi bien dans le transport que la valorisation de déchets, les investisseurs privés peuvent y trouver leur compte. La valorisation peut comprendre la production de compost, de gaz, de briquettes, de pavés, et d’autres produits recyclés…. Un exemple a été cité, celui de l’Usine Kintoko qui a été récemment inaugurée par le Chef de l’Etat et qui est spécialisée dans le recyclage des bouteilles en plastique. C’est un investissement de l’ordre de 15 millions d’euros. Une première du genre en Afrique subsaharienne.

Dans la chaîne de gestion des déchets solides, l’objectif poursuivi est de valoriser la plus grande quantité de déchets possible, le reste étant destiné au Centre d’Enfouissement Technique de Mpasa. Cependant, à ceux qui pensent que l’enfouissement est une méthode dépassée, le Consultant a souligné que même si les procédés de recyclage ont évolué, partout on continue encore à recourir à ce procédé, dans des proportions moindres certes. Pour ce qui est du site de Mpasa, son exploitation continuera jusqu’en 2035, pour autant que le site est sécurisé et protégé de prédateurs fonciers. C’est un autre sujet du débat, car la concession a été envahie de tous côtés. Au-delà de 2035, il faut un autre site, et ceci ne va pas sans problèmes car la Ville de Kinshasa ne dispose pas de réserve foncière et contrairement aux autres Gouverneurs de province, le Gouverneur de la Ville de Kinshasa n’exerce pas de pouvoir sur le « foncier » de la Ville. La matière relève de la compétence du Gouvernement central. On ose croire qu’avec la réforme de la Loi foncière annoncée, les choses seront réajustées. Le « foncier » constitue donc un préalable à la matérialisation du projet.

Un autre facteur de réussite qui a été souligné au cours de l’Atelier, c’est le changement de mentalités dans la population, pour une prise de conscience et une adhésion populaire à la gestion de déchets. Plutôt que de continuer à enfouir ou à déverser des déchets ménagers dans des caniveaux ou sur la chaussée sous la pluie, un changement de comportement et de perception est souhaité de la part des habitants de la Ville vis-à-vis de la gestion de déchets. A partir des ménages, par exemple, il serait possible de procéder à un tri de déchets suivant leur nature

: matières organiques, déchets plastiques, bois, métaux…. Pour ce faire, une stratégie de communication a été proposée par le Consultant afin d’accompagner le projet de modernisation et de gestion des déchets solides.

Pour rappel, le Projet de Développement Multisectoriel et de Résilience Urbaine de Kinshasa (PDMRUK), est un projet du Gouvernement de la République Démocratique du Congo préparé et mis en œuvre avec l’appui de la Banque mondiale.  Les Accords de Crédit et de Don ont été signés le 12 mai 2021 à Kinshasa ; Ils portent sur un montant global de 500 millions de dollars américains dont la moitié sous forme d’un don. Ils sont entrés en vigueur le 8 septembre 2021. La cérémonie de lancement officiel du Projet s’est déroulée 11 novembre 202, présidée par le Premier ministre. La durée du projet est de 5 ans dans sa première phase.

L’objectif de développement du projet est d’améliorer la capacité institutionnelle en gestion urbaine et l’accès aux infrastructures et services, et aux opportunités socio-économiques à Kinshasa.

PDMRUK est connu également sous l’appellation de Kin Elenda. En lingala, une de quatre langues nationales de la RD Congo, Elenda renvoie à quelque chose de fort, d’inébranlable. L’ambition du PDMRUK, en effet, est de contribuer à faire de Kinshasa une ville capable d’offrir à ses résidents les services de base nécessaires et de faire face à toutes sortes d’aléas : inondations, érosions, éboulements ou toute autre catastrophe naturelle ou d’origine humaine… C’est l’essence de résilience urbaine dans l’intitulé du projet, le concept étant sous pris sous un angle plus large, à la fois spatial, institutionnel, économique et social.

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