Sama Lukonde, Premier ministre de RDC : « Ceux qui sont aux affaires sont redevables à tout moment »

Le 4 avril dernier, en République démocratique du Congo, Jean-Michel Sama Lukonde prenait la tête d’un gouvernement hétéroclite composé de différentes sensibilités politiques. Cent jours plus tard, quel bilan pour ce gouvernement ? Le Premier ministre de la RDC évoque la santé économique de son pays, la lutte contre la corruption, l’état de siège, la lutte contre le terrorisme, le calendrier électoral ou encore les contrats miniers et leur renégociation. Jean-Michel Sama Lukonde répond aux questions d’Alain Foka.

Jean-Michel Sama Lukonde : Lorsque l’on fait un comparatif sur ce qui était attendu, on a non seulement doublé, du point de vue des attentes, des recettes que nous devions avoir, mais nous avons pu, à partir du moment où nous sommes restés en phase avec notre pacte de stabilité et notre cadre macro-économique, entrer dans le fameux programme qui était attendu avec le Fonds Monétaire International. Programme attendu depuis plus d’une dizaine d’années. Pour moi, ce sont des indicateurs clairs.

Qu’est-ce que vous avez fait pour les convaincre ? Ça fait dix ans que vous essayez d’obtenir ce prêt, ce geste du Fonds monétaire international qui est une bouffée d’oxygène pour l’économie congolaise, un milliard et demi de dollars. Qu’est-ce que vous avez fait pour les convaincre, en cent jours ?

En cent jours, discipline, rigueur et bonne gouvernance dans notre manière de travailler. Parce qu’avec eux, ce sont des revues. On se donne un certain nombre de critères qu’il faut respecter. Après, nous revenons sur la table pour savoir si ça a été respecté.

Quand vous rencontrez quelqu’un à Ndjili, dans la banlieue de Kinshasa ou quelqu’un à Bunia dans l’Est, et qu’ils vous disent, « on dit que l’économie s’est améliorée mais comment cela se manifeste dans mon assiette » ? Qu’est-ce que vous leur répondez ?

Nous allons leur répondre que nous travaillons pour l’amélioration justement du panier de la ménagère, en disant  » tiens, si jamais nous revenons sur l’amélioration du climat des affaires, sur l’assainissement de notre système de taxation, nous pouvons améliorer nos prix sur le terrain « . En fait, nous avons ici, ce que nous appelons les produits de froid qui sont les plus consommés…

Les surgelés ?

Oui, tout à fait. Et nous discutons avec eux pour dire : nous allons nous aussi aller, du côté du gouvernement, vers un allègement pour permettre qu’eux, à leur niveau, puissent baisser les prix.

Un état de siège a été décrété il y a quelques mois. Nous en sommes au cinquième prolongement de cet état de siège. Quel bilan ?

Dès que le gouvernement s’est installé, c’est la première décision qui a été prise, parce qu’elle découle d’une demande de la population. Aujourd’hui, parce que c’était ça la question, nous disons que nous avons des avancées parce qu’il y a d’abord des localités sur lesquelles l’autorité de l’État avait été mise à mal, nous n’avions plus notre place là-bas, nous les avons récupérées. Il y a des routes qui n’étaient plus praticables parce qu’il y avait des barrages, des coupeurs de routes, qui se sont arrêtés. Il y a des redditions, parce que ça, c’est le plus important.

Je sais que vous dites que ça fait seulement cent jours. Est-ce qu’il y a des résultats palpables aujourd’hui ? Est-ce qu’il y a des gens qui ont vraiment abandonné ? Pourquoi y-a-t-il encore des attaques aujourd’hui ?

 

Plus de 3 500 redditions. C’est ça d’abord le chiffre que je peux donner et ça, c’était il y a dix jours, et c’est évolutif. Maintenant, il ne faut pas oublier que nous avons un phénomène assez particulier dans cette zone. Nous faisons face à du terrorisme. Nous avons des forces négatives importées d’ailleurs, d’autres pays.

Des pays voisins… Ouganda, par exemple…

… Oui, qui viennent apporter justement ce terrorisme. On a même vu récemment des phénomènes de bombes artisanales dans des marchés. Ce sont véritablement des forces auxquelles on doit s’attaquer avec la plus grande énergie pour les éradiquer complètement.

On a entendu il y a quelque temps un sujet que l’on a baptisé la « congolité », une proposition de loi qui voulait qu’on soit de père et de mère congolais pour pouvoir être candidat à la présidentielle. On entre dans la congolité ici, est-ce que ça va être une élection exclusive ?

On a vu qu’il y avait une proposition qui avait été déposée au niveau de l’Assemblée nationale. Nous attendons que ça puisse évoluer. Et si jamais le gouvernement est saisi, n’oubliez pas que le gouvernement qui a été constitué est un gouvernement constitué de plusieurs forces. Et c’est important qu’au niveau de cette instance, nous puissions préserver l’unité. Donc, nous travaillons là-dessus et nous disons que nous attendons véritablement le moment où nous serons saisis pour nous prononcer.

Oui, mais dans le même temps, monsieur le Premier ministre, vous savez bien ce qui est dit. Est-ce qu’il y a besoin d’exclure certains ? A travers cette loi sur la congolité, certains parlent d’exclure par exemple Moïse Katumbi qui ne rentrerait pas dans le jeu.

Je pense que d’abord lorsqu’on doit parler des grandes questions du pays, il faut rester focalisé sur les grandes questions du pays. C’est vrai qu’après, on peut parler des individus, mais on risquerait de s’y perdre. Dans mon rôle, j’évite justement ce genre de sujets. Et j’attends que la question vienne au gouvernement pour que l’on puisse se prononcer. Mais je ne verse pas dans ce type de polémique.

Dernière question, monsieur le Premier ministre. Aujourd’hui, nous sommes dans un environnement où l’on parle de réformes, de renégociations des contrats miniers. Est-ce que c’est engagé ?

Je vais plutôt parler d’une régularisation, c’est plutôt de ça dont il faudrait parler. Nous avons eu un code minier, en 2001. On a évolué et puis finalement, il fallait faire une évaluation. Cela devait être revu dix ans plus tard mais ça a pris un peu plus de temps. Finalement, ce n’est qu’en 2018 que ça a été revu. Et aujourd’hui, c’est une adaptation à faire, simplement. Aujourd’hui, on parle de super profits, c’est l’occasion de revenir là-dessus pour dire : tiens le cadre légal parle de super profits. Comment on adapte ça ? D’ailleurs c’est l’occasion d’en parler parce que nous avons des cours qui ont véritablement augmenté et nous, on veut en tirer profit. Quand on dit revisitation, c’est comme si on voulait véritablement aller contre des accords déjà faits. Non, le code minier a été révisé, nous demandons simplement à tous les acteurs miniers de s’y adapter.

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