Suspension des membres du Conseil d’Administration et du Dg de TRANSCO, Florimond Muteba : « La mise en place d’une commission d’enquête est une perte de temps »

 

Le 30 juillet 2021, M. Chérubin Okende, ministre des Transports, Voies de communication et désenclavement a signé un Arrêté suspendant les membres du Conseil d’Administration et de la Direction générale de l’établissement public dénommé « Transports au Congo » (TRANSCO). Au même moment, une Commission d’enquête a été mise en place, est chargée de mener des investigations sur les faits mis à charge des membres du Conseil d’Administration et de la Direction Générale de « TRANSCO Tout en acclamant cette décision du ministre, l’Observatoire de la dépense publique (ODEP), à travers Florimond Muteba Tshitenge, le président du conseil d’administration, estime que la  mise en place d’une commission est une perte de temps,  parce que la justice est déjà saisie quant à ce. Il souhaite que l’on poursuive avec le dossier et qu’on entende tous les concernés. Ci-dessous, l’interview que le n°1 de l’ODEP a accordé au média en ligne lequotidien.cd.

Lequotidien.cd : Quelle est votre réaction à la suite de la suspension des responsables de Transco ?

Florimond Muteba Tshitenge : Je vous rappelle que c’est en septembre 2020 que nous avions créé ce contrôle citoyen ; le 1er octobre, nous dénoncions la gabegie financière avec plus de 130 pièces à conviction auprès du Procureur général près la Cour d’Appel de Kinshasa/Matete. Le dossier était grave : des mauvaises tenues de compte, des procédures de passation de marchés opaques, caractérisées par le clientélisme, le conflit d’intérêt, etc. Bref, la société était mal gérée. Nous disons oui pour la suspension, car nous l’avons demandé déjà à l’époque. Nous demandions au président de la République la nomination de nouveaux mandataires, avant même l’acquisition de nouveaux bus. A l’époque aussi, nous demandions au gouvernement Ilunkamba les poursuites contre le Dg titulaire, son adjoint qui assumait l’intérim, leurs collaborateurs : le trésorier et le directeur technique et financier pour fraude et détournement des deniers publics, blanchiment des capitaux et mauvaise gestion. Mais rien n’avait été fait. Il a fallu le changement pour que le ministre actuel ordonne cette suspension. Mais nous constatons qu’en mettant en place une commission d’enquête, c’est une perte de temps. Vous verrez même que dans cette commission, la plate-forme ODEP qui a dénoncé au Tribunal tous les méfaits, n’est pas associée. On a peur de quoi ? Nous détenons des preuves qui ont fait que le directeur technique et financier avait même été Mapé, même transféré à Makala ! Le Directeur général avait reçu un mandat d’amener. Nous sommes étonnés de constater que nous ne sommes même pas consultés. Nous savons que l’ODEP par son travail objectif, ne fait pas le bonheur de tout le monde. Pour nous, la commission d‘enquête ne sert à rien. Ce qu’il faut, que le dossier qui est déjà en justice avec des preuves, et qui avait déjà abouti à des avancées, continue. Aujourd’hui, tout ce que nous demandons, que l’on puisse relancer le dossier qui était déjà en justice, notamment pour tous les faits que nous avons cités, parmi lesquels le détournement des subventions du gouvernement, des carburants, des recettes mobilisées et de l’allocation des bus, le détournement des recettes publicitaires, le non-respect des marchés publics. Pour nous, c’est le dossier de justice qui doit être privilégié, et la commission d’enquête est un recul par rapport au niveau déjà atteint par le dossier.

Quelles sont les mesures que le Gouvernement peut maintenant prendre pour une gestion assainie des finances publiques ?

A l’époque, nous avions demandé un audit de la Cour des comptes en complément à notre travail, afin de vérifier tous les mouvements au niveau de Transco. Pour ça, l’enquête peut être complétée. Le dossier étant déjà en justice, il peut aller loin et entendant tous les ministres impliqués. D’abord les deux anciens ministres des Transports et voies de communications, de 2013 à 2019, le premier pour avoir acheté les bus en violation de la procédure en matière des marchés publics, le second pour avoir ordonné en décembre 2018 un emprunt de 910.000 dollars Us auprès de la Raw Bank dans l’utilisation dans une période qui était hautement électorale. Nous demandons également d’entendre l’ancien Premier ministre, de 2013 à 2016 pour avoir approuvé dans la confusion totale le marché d’acquisition de 500 bus Transco. Il faudra entendre, non seulement des comités de gestion, mais toutes les autorités de tutelle qui à l’époque étaient impliquées dans la gestion de cette entreprise qui était très mal gérée.

Maintenant qu’ils sont suspendus, n’est-ce pas le temps de ressusciter les affaires qui sont devant la justice ?

Les mesures sont les mêmes que l’on pourrait prendre pour l’ensemble des sociétés publiques : cesser de politiser le recrutement des équipes de gestion. Il faudra puiser dans l’entreprise pour nommer les intérimaires, vérifier leur moralité, leur histoire dans l’entreprise pour ne pas enlever Saint Pierre et laisser Saint Paul. Ensuite viendra le moment du recrutement qui devra se faire par concours, en puisant dans le potentiel de grands cadres, la nouvelle équipe dirigeante. Que la politique ne puisse pas se mêler de cela. Il faudra mettre en place tous les outils de gestion et s’assurer que le contrôle notamment par les institutions de contrôle est régulier (Cour des comptes, IGF), pour éviter les erreurs du passé. Surtout éviter de mêler la politique, c’est-à-dire, ne pas nommer les copains. Pour l’intérim, nommer les techniciens qui sont là-bas, de fois victimes des brimades, sanctions, etc.

Quelles sont les recommandations que vous pouvez formuler ?

Au-delà d’autres recommandations que nous avons déjà faites, aux institutions de contrôle, d’être prêtes à mieux faire leur travail. Pour cela, on doit leur donner les moyens. Au niveau de la société civile, elle doit continuer à faire le contrôle citoyen à tous les niveaux, l’organisation des campagnes, des audits sociaux. Il fait encourager les travailleurs de Transco qui ont été de tous les combats et nous les avons appuyés jusqu’à aujourd’hui. Nous les encourageons et nous souhaitons qu’on aille plus loin. Il y a beaucoup de victimes pour lesquelles nous voulons que les dossiers soient ouverts pour qu’ils soient rétablis dans leurs droits.

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