Troisième République des privilèges et peuple d’abord Par Bamuangayi Kalukuimbi Ghislain

Le Sénat congolais produisit du tonnerre et fit très mal par un refus répété de lever les immunités, un droit constitutionnel, des sénateurs réclamés par le Parquet, poussant à nous remémorer les privilèges du pouvoir de droit et de fait. Le parlementaire, immunisé contre toute poursuite judiciaire ou arrestation grâce au vaccin donné par le constituant du 18 février 2006. Heureusement, les immunités du sénateur Matata furent finalement levées.

De droit, tout ancien Président de la République jouit d’une manne financière colossale face à un peuple démuni et appauvri. Il a une sécurité personnelle pour lui, sa famille et ses propriétés, à côté d’une population livrée à une insécurité institutionnalisée.

Conformément à la Constitution, en son célèbre article 69 qui accorde au Président de la République le pouvoir d’assurer par son arbitrage le fonctionnement régulier des pouvoirs publics et des institutions (le), une sorte de fourretout au contenu variable et indéfini vient justifier l’interventionnisme présidentiel. Tant mieux, si de bonne foi, le Chef de l’Etat peut s’en servir pour normaliser le fonctionnement des institutions. Tant pis à l’interventionnisme débordant qui nuirait à la démocratie et créerait une crise institutionnelle.

De droit, les parlementaires, ministres et mandataires publiques ont le privilège d’être payés relativement mieux et n’ont pas les arriérés de dizaines de mois d’un insignifiant salaire attendu par les agents de certaines entreprises de l’Etat. Ils peuvent bénéficier de « Jeep », en plus de leurs gracieux émoluments, qu’ils acceptent sans un brin de chagrin pour leurs représentés. Le peuple marche par manque de bus en nombre suffisant.

De droit, des criminels, aventuriers et brigands, après avoir massacré des populations et pillé les ressources du pays dans des « agressions-rebellions », ont été amnistiés et nommés pour diriger le peuple victimes de leur barbarie. Certains ont obtenu le bonus de privilège de se transformer en congolais.

La Constitution et des lois taillées sur mesure garantissent un nombre inimaginable de privilèges, fondés sur une conception biaisée et consacrée du pouvoir : « Se servir et non servir ». La preuve tangible est l’engouement vertigineux vers les postes d’Etat, sans aucun souci des responsabilités qu’ils impliquent.

L’imaginaire populaire a institué le pouvoir en source d’enrichissement et de promotion sociale. Chaque famille a besoin de son ministre, de son député, de son sénateur, de son mandataire, de son ancien président de la République, de son général…La quasi-totalité des quêteurs professionnels de postes ont à l’esprit l’idée d’améliorer leur vie, d’arriver à leur tour à la mangeoire, d’aller à la cueillette…Le privilège de puiser dans le patrimoine de l’Etat en toute impunité.

A l’avantage d’une conception malheureuse et populaire du pouvoir, nombreux privilèges de fait sont nés pour tout détenteur d’une petite parcelle de pouvoir politique ou administratif… Des privilèges socialisés et tolérés pour lui : conduire en sens interdit, construire sa maison sur la voie publique, barrer un passage public, être applaudi pour avoir mal acquis un bien, avoir une garde armée prête à tirer, prendre la femme d’autrui, etc.

La volonté du Président Félix-Antoine Tshisekedi de renverser cette tendance vicieuse se bute à l’existence d’une panoplie de textes juridiques tordus, servant de piliers d’un système politique construit pour des privilèges exorbitants.

Le déboulonnement du système maffieux, qu’il déclara pompeusement lors d’une visite aux Etats-Unis d’Amérique, devra se mettre dans un schéma de renouvellement de la pensée juridique de l’Etat. Je rejoins, pour cela, Mme Marie-Josée Ifoku, qui réclame une nouvelle Constitution du peuple congolais, pour le peuple congolais et par le peuple congolais. Elle a idéalisé la renaissance de l’Etat congolais, après une naissance douloureuse de l’Etat indépendant du Congo, propriété d’un individu avec tous ses habitants lui appartenant. Le fils de cet « Etat-privé » a été un Etat colonial dans lequel les congolais ont obtenu le statut d’enfants sous tutelle lorsqu’ils ne sont pas exploités sous celui d’esclaves.

Le petit fils, le Congo indépendant est une nébuleuse enchevêtrée dans des magouilles et désordres organisés par les politiciens pour des intérêts égoïstes. La « rupture du système de prédation par la Kombolisation pour la Renaissance de la RDC » prêchée par Marie-Josée Ifoku a l’avantage de proposer le déboulonnage du système maffieux, encore en place, qui a commencé avec le roi Léopold II, par une révolution juridique, spirituelle et mentale. Une révolution de la conscience individuelle et collective permettant le nettoyage des tares et privilèges insultants et odieux du pouvoir, dans lequel le peuple trouve son vrai compte.

L’excellent journaliste Christian Bosembe, dans le même sens, s’est fait l’avocat de la 4ème République, l’appelant tout de suite par une autre Constitution. Le régime présidentiel qu’il propose, lui semble le mieux indiqué pour renforcer l’autorité du Président de la République et lui éviter une concurrence constitutionnelle, mais nuisible à l’autorité de l’Etat, que lui vouent d’autres institutions dans l’exercice du pouvoir. La loi mère devra avoir l’âme de la nation congolaise en s’incrustant dans sa culture, ses besoins de vivre, son rêve de grandeur, son attachement à l’ensemble de sa terre et son souci d’unité nationale.

Monsieur Raphael Ntwa, ouvrier de Dieu et Coordonnateur de Mouvement d’Action Thomas More, soutient que l’Etat congolais souffre de l’absence de la loi. Il assimile à l’inexistence d’un ordre juridique l’iniquité des lois et la désuétude dans laquelle celles qui sont justes sont tombées. Pour lui et son groupe de réflexion, la norme suprême, devant conduire la société par l’esprit et la conscience, fait défaut. Et c’est dans la Bible qu’ils trouvent le fondement de leur enseignement : « Or, voici l’alliance que je traiterai avec la maison d’Israël, après ces jours-là, dit le Seigneur, je mettrai mes lois dans leur esprit, et je les écrirai sur leur cœur… » (Hébreux 8, 10).

De ce point de vue, il faut soumettre tous les citoyens à une loi supérieure, que les gouvernés et gouvernants, intériorisent, apprennent et appliquent. L’Etat de droit a besoin d’un peuple attentif à l’absolue nécessité d’avoir des lois justes pour lesquelles ils acceptent l’obligation de s’y soumettre. L’inconscience des dirigeants et des dirigés, l’insouciance des gouvernants face aux besoins sociaux de la population et le mépris de l’intérêt général ne peuvent favoriser le règne de la loi.

« Le peuple d’abord », fondement idéologique du tshisekedisme, n’a de sens que dans la primauté des privilèges du peuple congolais, pourtant reconnus dans la Constitution sous la forme de droits fondamentaux individuels et collectifs. La faiblesse d’applicabilité du « peuple d’abord » est dans l’isolement de la volonté politique du Président Félix-Antoine Tshisekedi. Une volonté non rencontrée par une masse critique de personnes autour de lui pour la partager, la galvaniser, l’amplifier et la canaliser.

Entouré de nombreux jouisseurs, particulièrement dans l’Union Sacrée de la Nation, dont la propension est de maintenir les privilèges du système de prédation, le Président de la République est un homme seul ou presque. La révision du train de vie du personnel politique congolais est un besoin impérieux pour sauver l’Etat, tant que d’autres ressources pour les maintenir et améliorer en même temps le sort de la population ne sont pas trouvées.

Je conclus par un appel à la primauté des privilèges du peuple, seuls capables de maintenir les équilibres de tous les citoyens, dont les gouvernants, devant les lois et les charges publiques. Il faut bannir les privilèges dont jouissent quelques-uns seulement de la société, une caste d’individus convaincus d’être une minorité à protéger. L’Etat de droit ne s’accommode pas avec les privilèges de la minorité et l’irrespect des droits de la majorité. Le défi de construire un Etat digne passe par une responsabilité d’Etat comprise en termes de sacrifices de privilèges lorsqu’on veut servir son peuple, de devoir de rendre compte et de primauté de l’intérêt général

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